UTOPIE PREMIERE

«   Pour faire revivre un lieu, il ne s’agit pas de prime abord de s’installer à la table, faire des plans, des projets ou des programmes. Non, beaucoup plus  et beaucoup mieux, il s’agit au préalable  de se mettre à l’écoute de ce lieu, entendre sa parole, ses petites et grandes histoires inscrites dans les pierres, les arbres et le vent, puis de le rapprocher des humains, ceux là même, enfants, femmes et hommes qui sauront lui porter de nouveaux désirs, des paroles d’apaisement et…un nom! Tout ceci, ciment d’un art nouveau du reconstruire. »

Bruno Hallauer, Président de l’Association.

AUTRES PHRASES…

« L’utopie est simplement ce qui n’a pas encore été essayé! »  Théodore Monod

« L’utopie, ça réduit à la cuisson, c’est pourquoi, il en faut énormément au départ »   Gébé

« L’utopie est la matrice de l’histoire et la sœur jumelle de la révolte. » José Bové

« L’utopie est la vérité de demain. » Victor Hugo

« Le progrès n’est que l’accomplissement des utopies. » Oscar Wilde

« Aucune carte du monde n’est digne d’un regard si le pays de l’utopie n’y figure pas. » Oscar Wilde

autres citations voir site la Toupie celles, entre autres, de Bourdieu, de Cavanna…


Définitions de l’utopie

  • Celle proposée par la Toupie

Etymologie : terme créé par Thomas More (1478-1535) pour le titre de son œuvre Utopia, construit à partir grec ou, non et topos, lieu, c’est-à-dire un lieu qui n’existe pas.

Dans le sens courant, une utopie est un projet d’organisation politique ou un idéal qui ne tient pas compte des contraintes de la réalité ou de faits objectifs. Par extension, c’est un projet ou une idée qui apparaît comme irréalisable, illusoire ou chimérique.

Les utopies se rencontrent essentiellement en littérature, en philosophie ou dans la pensée politique, à travers des conceptions imaginaires de communautés humaines, sans défaut. Elles sont décrites dans le but de servir de modèles d’organisation politique et sociale.

Le premier auteur considéré comme utopiste est Thomas More qui, dans « Utopia » (1516), décrit une île imaginaire formant un Etat idéal, inspiré par la République de Platon, où l’on ne travaille que 6 heures par jour, où la propriété privée est bannie et où règnent l’égalité et la vertu.

L’utopie est un genre littéraire qui s’est développé dans le sillage de Thomas More, aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il associe récit d’un voyage et description d’une société idéale. L’ambition des écrivains qui ont illustré et présenté des utopies est plutôt l’élargissement du champ des possibles et leur exploration. La fiction devient un procédé pour prendre ses distances par rapport au présent, tout en le critiquant indirectement, mais surtout pour éviter la censure. Il permet de faire prendre conscience aux lecteurs que d’autres formes d’organisation et modes de vie sont possibles.

Synonyme : illusion, chimère, rêve

L’utopie (néologisme de l’écrivain anglais Thomas More), synthèse des mots grecs οὐ-τοπος (lieu qui n’est pas) et εὖ-τοπος (lieu de bonheur) est une représentation d’une réalité idéale et sans défaut. Cela se traduit, dans les écrits, par un régime politique idéal (qui gouvernerait parfaitement les hommes), une société parfaite (sans injustice par exemple, comme la Callipolis de Platon) ou encore une communauté d’individus vivant heureux et en harmonie (l’abbaye de Thélème, dans Gargantua, de Rabelais, en 1534).

Devant la menace de la censure politique ou religieuse, les auteurs situent l’action dans un monde imaginaire, île inconnue par exemple (L’Île des esclaves, Marivaux, 1725), ou montagne inaccessible (la découverte de l’Eldorado, dans Candide, 1759).

Une utopie peut désigner également une réalité difficilement admissible : en ce sens, qualifier quelque chose d’utopique consiste à le disqualifier et à le considérer comme irrationnel. Cette polysémie, qui fait varier la définition du terme entre texte littéraire à vocation politique et rêve irréalisable, atteste de la lutte entre deux croyances, l’une en la possibilité de réfléchir sur le réel par la représentation fictionnelle, l’autre sur la dissociation radicale du rêve et de l’acte, de l’idéal et du réel.

La poursuite d’une chimère.

Dans le langage courant actuel,  » utopique  » veut dire impossible ; une utopie est une chimère, une construction purement imaginaire dont la réalisation est, a priori, hors de notre portée. Or, paradoxalement, les auteurs qui ont créé le mot, puis illustré le genre littéraire inventé par Thomas More en 1516, avaient plutôt pour ambition d’élargir le champ du possible, et d’abord de l’explorer. Certes, l’utopie se caractérise par un recours à la fiction, par un artifice littéraire qui consiste à décrire une société idéale dans une géographie imaginaire, souvent dans le cadre d’un récit de voyage purement romanesque. Mais imaginaire ou fictif ne veut pas dire impossible : tout rêve n’est pas chimère. Les utopies relevant de la littérature politique, du XVIe au XVIIIe siècle, participent d’une critique de l’ordre existant et d’une volonté de le réformer en profondeur ; le recours à la fiction est un procédé qui permet de prendre ses distances par rapport au présent pour mieux le relativiser et de décrire, d’une manière aussi concrète que possible, ce qui pourrait être. Et l’épanouissement du genre utopique correspond à une période où l’on pense, justement, que, plutôt que d’attendre un monde meilleur dans un au-delà providentiel, les hommes devraient construire autrement leurs formes d’organisation politique et sociale pour venir à bout des vices, des guerres et des misères. En ce sens, les descriptions qu’ils proposent, dans lesquelles ils font voir des cités heureuses bien gouvernées, visent à convaincre leurs lecteurs que d’autres modes de vie sont possibles.

Un effort d’imagination pour explorer le possible
Peu à peu, en particulier lorsque l’idée de progrès devient un principe de compréhension de l’histoire humaine, la notion d’utopie apparaît, non plus comme le résultat volontariste de la décision de réformateurs soucieux du bien humain, mais comme ce vers quoi tend le processus historique. C’est, au XIXe siècle, le temps des philosophies de l’histoire. Pour certains, l’utopie est l’horizon de l’Histoire, et il convient d’accélérer le processus pour se rapprocher du règne de la liberté. D’une certaine façon, la promesse de l’histoire rejoint, mais sous une forme sécularisée, l’attente eschatologique des anciennes Apocalypses : la nouvelle Jérusalem viendra, mais cette fois elle ne descendra pas du ciel, elle sera bâtie sur terre, de main humaine, dans un avenir radieux. De nombreux mouvements sociaux, en particulier dans les périodes des grands ébranlements révolutionnaires, sont portés par cette espérance, même si le siècle qui vient de s’achever nous apprend qu’il n’y a pas de fatalité historique, que l’utopie peut se retourner en son contraire, et le rêve tourner au cauchemar.

Si l’on demande alors pourquoi l’adjectif  » utopique  » en est venu à signifier  » impossible « , peut-être a-t-on là un commencement de réponse : malgré leur dénégation, les utopies modernes sont restées, à tort ou à raison, profondément marquées par l’héritage judéo-chrétien, par la problématique du salut, par les perspectives eschatologiques d’une fin de l’histoire. Peut-être, pour cette raison, renvoyaient-elles à un monde au-delà du monde. Revenir sur cette croyance, ce n’est pas renoncer à l’utopie, c’est lui redonner sa signification première, celle d’un heureux effort de l’imagination pour explorer et représenter le possible.

Du nom propre au nom commun
Thomas More invente le mot latin : Utopia, construit à partir du grec ou,  » non, ne … pas « , et de topos,  » région, lieu « , est le nom d’une île située  » en aucun lieu « . Cette négation est ambiguë. Faut-il entendre que cette île, dont le gouvernement idéal règne sur un peuple heureux, est imaginaire, inédite, ou encore impossible ? Comment comprendre le fait qu’elle est en même temps localisée, puisque située par More quelque part aux confins du Nouveau Monde ? Et, puisque l’ouvrage de l’humaniste anglais est destiné à faire pendant à l’Éloge de la folie d’Érasme, ne s’agit-il pas simplement de cet exercice rhétorique humaniste où l’on feint un monde inversé pour mieux montrer que le plus raisonnable n’est pas celui qu’on croit ? Bientôt, le genre littéraire inauguré par More se diversifiera et l’on verra apparaître des eutopies (du grec eu,  » bien « ), des dystopies (du grec dus, exprimant une idée de difficulté, de trouble), des utopies satiriques ou critiques, des anti-utopies, des contre-utopies…La forme francisée  » utopie  » est attestée chez Rabelais (1532) et, sur le modèle de l’anglais utopia, le mot devient nom commun en intégrant le vocabulaire politique du XVIIIe siècle ; il désigne alors le plan d’un gouvernement imaginaire, à l’image de la république de Platon. Ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle que le sens courant actuel s’impose et que l’utopie en vient à désigner un projet politique ou social qui ne tient pas compte de la réalité. Pour quelques-uns, que justement la  » réalité  » n’enthousiasme guère, il s’agit là d’une qualité essentielle ; plus généralement, un glissement s’opère, faisant de l’utopie un projet irréalisable, voire irréaliste. En témoignent les renvois synonymiques donnés par le Petit Robert à l’article  » utopie  » : chimère, illusion, mirage, rêve, rêverie…